Arthur Teboul x Ghislaine Lenoir


Interview croisée

évènements

Depuis près de 7 ans, Ghislaine Lenoir (coach scénique au SDV et praticienne Feldenkrais©) accompagne Arthur Teboul, chanteur du groupe Feu! Chatterton, dans la maîtrise de son corps et de son énergie sur scène pour une meilleure interprétation lors de ses concerts. 

A l’occasion de la triple nomination du groupe aux Victoires de la Musique, nous avons accueilli Ghislaine et Arthur au Studio des Variétés pour une interview croisée menée par Olivier Bas. Découvrez leur interview…


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Le saviez-vous ?
La méthode Feldenkrais© est une méthode basée sur la prise de conscience par le mouvement, à l’origine de l’amélioration de la posture, de la souplesse des mouvements et de la présence.
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Olivier : (à Arthur) Te souviens-tu de la première fois que tu as vu Ghislaine ? 

Arthur : Je me souviens de la sensation parce que cette discipline était très nouvelle pour moi. J’étais un peu effarouché, parce que je n’étais pas très à l’aise avec mon corps, beaucoup moins que maintenant. 

Olivier (à Ghislaine) : Ghislaine, même question, est-ce que tu te souviens de la première fois que tu as rencontré Arthur ? 

Ghislaine : Oui, je m’en souviens parce qu’il est venu avec un grand sourire en disant « j’aimerais bien essayer de travailler avec vous », et a commencé tout de suite à dire que c’était un manque qu’il avait. Ça me passionne quand les gens sont curieux comme lui. 

Olivier (à Arthur) : Qu’est-ce qui t’as amené jusqu’à Ghislaine ?

Arthur : Je pense que pour arriver à Ghislaine, il faut déjà avoir fait un premier chemin en tant que chanteur et artiste de scène. Par exemple, quand on est chanteur, pour pouvoir chanter 4 soirs de suite pendant une ou deux heure(s), il faut un savoir-faire, une technique et donc on rencontre un prof de chant comme David Féron (que je salue et remercie puisqu’il m’a énormément appris). Avec la scène c’est pareil. On réalise que c’est tout le corps qui travaille, c’est tout le corps qui chante. Le trac augmente jusqu’au début du concert, il faut canaliser cette puissance pour ne pas qu’elle vous submerge. Je le dis naturellement, mais c’est Ghislaine qui m’a fait comprendre tout ça. 

Olivier (à Ghislaine) : C’est tout le corps qui chante, c’est quelque chose que tu valides complétement ? 

Ghislaine : Oui, complétement. De toute façon quoi que l’on fasse, c’est le corps entier qui le fait, il n’y a pas besoin d’être sur scène. Il n’y a pas un mouvement qui n’est pas régit par le système nerveux dans son intégralité. 

Olivier : Donc ça veut dire que c’est le cerveau ? 

Ghislaine : C’est le cerveau bien sûr. La différence c’est que dans le quotidien, on a toujours un objectif très précis lorsqu’on réalise un mouvement. En réalité, le corps sur scène n’a pas besoin d’énormément bouger, il est tout le temps en mouvement puisqu’on chante.

Olivier : C’est beaucoup de mots ou c’est beaucoup de gestes ? C’est un cours qui dure 1h ? 

Ghislaine : C’est un cours qui dure 1h – 1h15, c’est surtout une conduite verbale, c’est-à-dire qu’on ne montre rien, on se dit « aujourd’hui on va travailler là-dessus. » 

Olivier : Par exemple ?

Ghislaine : La ceinture scapulaire ou le bassin… En sachant qu’on va de toute façon intégrer tout le corps, et le fait d’être allonger au sol, c’est très pratique.  

Olivier : On est rarement allongé sur le sol ! 

Ghislaine : Oui, mais l’attraction terrestre elle existe ! Travailler sur l’attraction terrestre c’est parfois difficile. Pour réussir à rester en place il faut être bien organisé. 

Olivier : (à Ghislaine) Est-ce que tu le touches ? Est-ce que ça passe par le touché ? 

Ghislaine : Ça peut arriver, mais uniquement quand il y a un axe qui est mal pris et qu’il peut se faire mal. Ou alors quand il y a trop de désespoir de sa part, je lui dis « je vais conduire aujourd’hui et la prochaine fois tu le feras seul. »

Olivier : Vous avez commencé en quelle année ? Parce que ça fait longtemps que vous travaillez ensemble ? 

Ghislaine : Je dirais que ça date du deuxième album, donc près de 7 ans. 

Olivier : Est-ce que le travail que tu as fait avec Ghislaine a changé ta façon d’être sur scène ? 

Arthur : Énormément. À la base, pour moi, quand je pars en tournée il y a une part de souffrance, puisque quand on travaille 2h par soir à cette intensité, le corps souffre. À chaque fois je revenais vers Ghislaine, plié en deux, mais j’ai découvert qu’on pouvait récupérer en cours de route. Grâce à Ghislaine, j’ai compris que je pouvais prendre en charge mon corps moi-même et découvrir les choses qui me faisaient du bien. Et à partir de ce moment-là, ça a été presque miraculeux, j’ai commencé à appliquer des choses au sol, avant un concert, avec ma petite formule à moi ! C’est rigolo, quand les gens passent par les loges, je suis assis 1h en slip par terre, sur un tapis de yoga en train de faire des exercices d’oiseaux, des torsions, des cuis-cuits !

Olivier : (à Ghislaine) Est-ce du plaisir ou du travail d’aller voir sur scène un artiste avec qui tu travailles ?  

Ghislaine : Je me mets, avec plaisir, dans le langage corporel de la personne. Quand je le vois sur scène, il y a des moments où je me dis, « là c’est peut-être un peu trop, il va falloir que je lui dise. » Je fonctionne beaucoup dans l’empathie physique, c’est-à-dire que tout de suite j’épouse le corps de celui que je regarde. 

Olivier : Arthur, tu es très beau sur scène, tu danses, tu le vis complétement, as-tu constaté des changements ?

Arthur et Ghislaine : Ah oui, plein ! 

Olivier (à Arthur) : Tu ne t’autorisais pas à être dans le geste ? 

Arthur : Je ne m’interdis pas trop de chose, j’aime bien explorer, mais pour explorer il faut avoir une certaine confiance en soi. Ghislaine m’a appris pleins de jeux pour gérer cette confiance. On les essaye ensemble et parfois je les reproduis sur scène, d’une manière secrète mais je sens que quelque chose s’anime pour tout le public, comme un tour de magie. Par exemple, avec un morceau comme Côte Concorde j’ai déjà imaginé faire démarrer un « énoooorme » paquebot qui part de derrière le groupe et qui s’en est allé sur tout le public.

Olivier : Sans le verbaliser ? 

Arthur : Ah si, je suis en train de chanter le morceau. Comme autre exemple, Ghislaine m’a appris un jeu que j’adore faire : elle m’a dit d’imaginer qu’il y avait un immense pantin derrière moi (Arthur se lève et fait de grands gestes), qui fait exactement les mêmes mouvements que moi. Et d’un coup, ça donne une ampleur, à mes gestes, que le public ressent ! C’est un immense pantin qui me protège et qui me grandit et qui n’est pas que mon pantin, il devient le pantin de tout le public et il y a une osmose qui se créée. (À Ghislaine) Ça a l’air de te faire plaisir ? 

Ghislaine : Ah oui ! Tu es quelqu’un qui a réellement envie de faire ce métier et qui a réellement envie d’être chanteur, tu te donnes les outils pour faire ce que tu as envie de faire. Le corps, l’outil de l’artiste est complexe, c’est un outil qui va évoluer avec la personne, puisque c’est dans un métier de sensibilité, d’écoute, de curiosité, de frémissement, de compréhension. 

Olivier : Vendredi 11 février, ce sont les Victoires, c’est la 3e fois que vous y participez, comment tu abordes ça ? Est-ce que ça va être un jour comme les autres ? Vous allez faire quel titre ?

Arthur : On va jouer « Monde Nouveau » parce qu’il a été sélectionné dans la catégorie « chanson de l’année. » D’évidence, ce n’est pas une soirée comme les autres parce qu’on n’est pas très habitué à la télévision. S’y produire est compliqué. Parce que sur scène, quand on fait un concert, on se prépare longtemps et on est là un long moment. Tandis qu’à la télévision, il faut arriver tout de suite à engager, on sait qu’on va être là pour 2 minutes 30 et qu’il faut les traverser entièrement, c’est très difficile. 

Olivier : Et l’œil de la caméra ? Tu n’y penses pas ? 

Arthur : J’y pense parce que je joue avec. Un moment de télévision n’est pas un moment de concert, on est sur une petite estrade qui se déplace pour des questions techniques et de timing. Quand on arrive sur la scène, il y a un public, mais il ne réagit pas. Je comprends alors, qu’il va réagir au moment où on lancera un signal pour applaudir. On est dans une chorégraphie cinématographique, télévisuel, c’est un autre exercice. Justement, je me rends compte en parlant que cela fait longtemps que je n’ai pas travaillé avec Ghislaine. Mais c’est bon signe, ça veut dire j’ai acquis une confiance dans le fait que je peux me débrouiller tout seul avec ce qu’elle m’a déjà appris. 

Olivier : C’était justement ma dernière question : allez-vous continuer à travailler ensemble ? (À Ghislaine) Mais c’est le plus beau compliment qu’on puisse te faire, de ne plus avoir besoin de toi. 

Ghislaine : Ah oui ! Maintenant, on analyse ensemble mais il prend en charge sa difficulté et il travaille dessus seul, c’est pour ça que c’est un grand artiste !  

Olivier : Je trouve le regard, à l’instant même d’Arthur sur Ghislaine, très beau. 
(À Ghislaine) S’il t’invite le 14 avril, tu iras le voir en concert ? 

Ghislaine : Bien évidemment ! S’il veut bien que j’aille le voir. 

Arthur : Mais bien sûr, il y a toujours des places pour Ghislaine ! Quand je suis en tournée, je pense à elle tous les jours, c’est énorme ce qu’elle m’a appris, elle sait que le mieux c’est que je fasse tout moi-même maintenant. 

Olivier : Merci en tout cas, vous êtes très beaux tous les deux ! 

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