Jérôme Attal vs Jérôme Rousseau alias Ignatus


INTERVIEW CROISEE

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Auteurs mais pas que, les deux Jérôme, intervenants professionnels au SDV, sont à la tête des stages d’écriture à destination des auteurs. Dans cette interview croisée, ils nous parlent de leur amour des mots, de la place de la transmission dans leur carrière d’artiste mais aussi de la force du collectif dans l’acte d’écriture.


SDV : Bonjour à vous deux ! Ignatus, tu viens de sortir ton 8e album solo « e.pok »? Qui es-tu ?

I : Je suis Jérôme Rousseaux alias Ignatus, un pseudo que je porte depuis 1996 quand j’ai commencé une carrière d’auteur-compositeur-interprète après avoir été auteur-chanteur au sein du duo « Les objets ». Aujourd’hui, je suis en solo. J’ai toujours marié la chanson avec d’autres esthétiques comme la pop anglaise, l’électro, la musique africaine, la musique électro-acoustique. J’aime bien partir à l’aventure de rencontres esthétiques… puis écrire, écrire, écrire !

 

SDV  : Ecris-tu pour les autres ?

I : J’ai fait quelques chansons pour Arielle mais au final, j’ai plus aidé les autres à écrire leurs textes qu’écrire directement pour eux. Je l’ai fait par exemple pour Pauline Croze, Merzhin, Enzo Enzo…

 

SDV  : Jérôme Attal… qui es-tu et quel est ton rapport à l’écriture ?

JA : Je suis auteur-parolier, écrivain et scénariste. J’ai toujours écrit, c’était mon mode de communication quand j’étais adolescent. Plutôt que d’aller voir une fille quand j’étais amoureux d’elle, je lui écrivais des lettres d’amour !

J’ai commencé par écrire des chansons, puis à écumer les petits lieux de concerts. J’écrivais également pour de petits groupes avec qui il m’arrivait de partager la scène. En 2005, j’ai sorti mon premier album chez Roy Music. Très vite, mes textes ont été remarqué par des éditeurs, j’ai alors commencé à écrire pour des artistes de notoriété comme Florent Pagny, Johnny Hallyday, Vanessa Paradis… Parallèlement, j’ai commencé à écrire des romans. A la rentrée littéraire 2018, je publierai le quatorzième. 

 

SDV : C’est quoi une chanson selon vous ?

JA : Une chanson doit t’appeler ! Elle doit te donner envie de la réécouter. Mais surtout, le public doit pouvoir l’investir, placer son imaginaire en elle. Une chanson doit rappeler un souvenir de jeunesse, une déception amoureuse... Elle doit être assez souple pour être retenue, fredonnée et réécoutée.

 

I : Une chanson résulte de la magie entre un texte, une composition, un arrangement et un interprète. Je rebondis sur ce que dis Jérôme, j’aime les chansons où nous sommes acteurs, quand elles nous proposent de fabriquer nos propres images, comme quand on lit un roman par exemple. Une bonne chanson est une chanson que chacun peu s’approprier à sa manière en l’associant à des images personnelles.

 

SDV : Ignatus, tu animes depuis 15 ans des stages d’écriture au SDV…

I : En effet ! Aujourd’hui, j’anime la formation « Ecrire des textes à dire et à chanter ». Le stage se déroule sur deux semaines séparées d’un mois, avec des axes différents et complémentaires. L’objectif de la première semaine est de donner aux stagiaires des bases, des règles… entre très gros guillemets, puisque l’intérêt des règles est de ne pas les suivre, de les oublier, de les contourner pour faire son truc à soi ! C’est intéressant de comprendre le fonctionnement des chansons de manière analytique. Par exemple, que sont les images dans une chanson ? Comment les fabrique-t-on ? Comment scénarise-t-on une chanson ?

Pendant la deuxième semaine, les stagiaires testent leur manière d’écrire. Souvent, quand on écrit depuis un moment, on tourne en rond, on réécrit les mêmes choses. L’idée est d’amener les auteurs à travailler de manière nouvelle, que ce soit en partant de la musique, d’un texte, d’un scénario.

Cette deuxième semaine est organisée sous forme de master classes animée par des artistes. Nous travaillons notamment avec un auteur-compositeur-interprète. Lors de la précédente édition, il s’agissait d’Alexis HK. Pour le stage à venir, nous recevrons Babx.

   

SDV : Jérôme, ton stage est également une formation en écriture mais sous une forme différente…

JA : Effectivement, Fulgurance, crée avec Olivier Bas, Responsable du Pôle création au SDV, est un atelier d’écriture sur une journée. La rapidité en est le concept. Je crois vraiment à la fulgurance dans l’écriture, même s’il faut du temps pour y arriver. J’aime ce côté viscéral, instinctif. Il faut bien sûr éduquer cette viscéralité.

Le stage se décompose en deux parties. Le matin, je fais écouter des chansons que j’aime, j’explique pourquoi je les aime et pourquoi elle fonctionne. Toujours avec l’idée que sur 3 minutes, n’importe qui puisse être accroché de manière émotionnelle.

L’après-midi, les stagiaires associés en binômes sont munis de cartes postales, point de départ pour la composition d’une chanson.

L’idée avec ce stage est de libérer les auteurs de leur peur d’écrire et d’affiner leur goût en fonction de leur contexte et de leur registre mais surtout de dédramatiser l’acte d’écriture. 

   

SDV : Que pensez vous de la dimension collective de vos stages respectifs ?

I : Je crois profondément pour l’écriture, à la force du collectif. Le travail en groupe permet de confronter ses textes aux autres mais aussi de voir ce qu’ils sont capables de produire avec les mêmes contraintes. Il y a beaucoup d’échanges entre les gens, c’est très riche et très dynamisant.

 

JA : C’est assez antinomique car l’écriture est quelque chose de très personnel, très pudique et en même temps, à l’intérieur du groupe, il y a une saine émulation. Les stagiaires n’ont plus peur de montrer leur travail. Ils voient que l’autre hésite, sort quelque chose d’intime. Il y a effectivement une force de libération par le collectif.

   

SDV : Comment envisagez-vous votre activité d’intervenant ?

JA : Au début, je ne voulais pas le faire et puis au final j’adore ça ! Je ne me positionne pas en tant que formateur mais plutôt d’égal à égal avec les stagiaires avec qui je partage un moment de création, tout en essayant de mener le jeu.


I : Parfois, je me compare à une «sage femme» : je rassure, je "déclenche", j’aide à faire en sorte que «ça sorte», même si ça fait mal !

   

SDV : Comment en tant que formateur abordez-vous la notion de co-écriture ? Où s’arrête la formation ? Où commence la co-écriture ?

JA : C’est toujours un peu compliqué, mais il faut se mettre d’accord avec la personne, soit elle a envie qu’on travaille à deux, soit j’ai le rôle de starter où je crée un contexte pour que les choses ne viennent que de la personne.


I : Dans le collectif, je fais des suggestions, j’apporte des éclairages sur la scénarisation, sur le choix des mots mais je ne propose pas directement. Je suis là pour accompagner. Je n’offre pas de poisson mais je leur apprends à pécher ! (proverbe africain)   

SDV : Jérôme, tu animeras en mars 2018 un stage d’écriture Hors les Murs au Domaine de Lizières à une heure de Paris…

JA : Ce stage « Ecrire autour du… Charme » propose à des auteurs d’explorer un thème unique : le charme. Pendant 4 jours, le thème sera exploré via des films, des romans, des œuvres picturales... Un studio de musique à disposition des artistes offrira la possibilité de mettre en musique les textes écrits lors du stage. Proposer cette formation en Hors les Murs permet selon moi, de placer les stagiaires en immersion complète et ainsi leur permettre de se consacrer pleinement à l’écriture de chanson. A l’issue de cette formation nous éditerons un livret avec les meilleurs textes de la session, puis il sera distribué aux partenaires professionnels du SDV (éditeurs, labels…).

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En savoir + Ecrire des textes à dire ou à chanter

En savoir + sur Ecrire autour du... Charme


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